Je vous ai fait attendre, mais la voilà, bonne lecture…
Interview de Déportivo, le 18 février 2005, à Auch, à l’occasion de leur concert.
Entretien avec Jérôme (chant, guitare) et Julien (batterie).
(J’ai essayé d’enlever le plus possible les « quoi » et « en fait » et « tu vois »)
« Quelles sont vos influences musicales ?
Jérôme : Y’en a plein en fait, mais pour l’album c’était surtout les Béruriers Noirs, Noir Désir, Louise Attaque, Nirvana, Miossec, Brassens, Manu Chao, ce genre de trucs.
Quand avez-vous commencé à écrire et quelles ont été vos sources d’inspirations ?
Jérôme : J’ai commencé à écrire en français il y a 3-4 ans, et puis les sources d’inspiration c’était la vie de tous les jours, parler de ce qui nous arrivait, ça faisait du bien, on avait envie d’être compris, c’est toujours la même histoire, non ?
Julien : Ouais, c’est difficile de savoir d’où ça vient, t’as envie de faire de la musique, d’exprimer des trucs, essayer de faire des chansons chouettes.
On a lu quelque part que vous avez commencé à écrire en anglais à partir du moment où l’un de vous a eu une copine anglaise…
Julien : Ouais c’est pas tout à fait ça.
Jérôme : En fait ma copine est anglaise mais j’ai pas commencé à écrire en anglais à partir de ce moment là, un peu avant en fait.
Julien : Ouais on faisait tout en anglais avant, et après on s’est dit qu’en français ça serait quand même mieux quoi.
Jérôme : C’est mieux en fait, parce que quand t’es nul en anglais, t’as pas d’alternatif, tu continues en anglais et puis ça touche personne. Alors tu te dis on va essayer de jouer avec les mots qu’on connaît, et les mots qu’on connaît ils sont en français donc voilà.
Disons que pour un groupe de rock, l’anglais c’est quand même mieux parce que ça permet de s’exporter plus loin…
Jérôme : On en a rien à foutre de s’exporter pour tout te dire ! C’est vraiment le dernier de nos soucis, on a pas envie d’être les rois du monde. Nos copains sont fiers de nous c’est déjà ça, on est content.
On a lu aussi que vos chansons en anglais étaient plus des clins d’œil que des vraies chansons…
Jérôme : Ouais voilà, en fait les chansons en anglais c’est plus pour la dynamique, c’est assez facile tu vois, mais c’est à prendre au second degré. Ce sont des clins d’œil principalement à ma copine, c’est pour la faire marrer, elle aime bien mon accent français, elle me trouve mignon avec.
Et vous aimez les groupes anglais genre Franz Ferdinand ?
Jérôme : Ah pas du tout, non non.
Les Libertines ?
Jérôme : On adore les Libertines, on a vu Franz Ferdinand à la Cigale, moi j’écoute pas l’album mais en concert c’était vachement bien. Je préfère les Libertines à Franz Ferdinand. Y’a aussi les Hives, j’aime pas trop leur dernier album, je préfère les précédents, mais c’est vachement bien aussi. Y’a aussi les Strokes qui sont biens, y’en a tout un tas.
Julien : Ouais c’est pas ça qui manque.
Jérôme : Mais c’est les Strokes qui ont lancé tout le phénomène qui est en train de se passer.
Julien : Moi j’crois que la musique des Strokes vieillira moins vite que celle de Franz Ferdinand.
Jérôme : Comme celle des Libertines, ça vieillira moins vite, c’est sûr.
Julien : Mais y’a eu une promotion énorme pour Franz Ferdinand.
C’est rare pour un label indépendant, vous êtes à quel label vous ?
Jérôme : Village Vert
Mais derrière y’a Universal et Barclay pour vous non ? J’ai lu ça quelquepart.
Jérôme : Ouais en fait Village Vert c’est notre maison de disque et Barclay distribue les disques.
C’est donc indépendant de Village Vert ?
Julien : Ouais chacun a des rôles assez définis, mais pour l’artistique c’est Village Vert, c’est notre partenaire, notre label.
Jérôme : Luke aussi est sur Village Vert.
Oui, vous êtes potes avec Luke ?
Jérôme et Julien : Ouais ouais.
Julien : Après y’a d’autres boites quoi, le Village Vert c’est quatre personnes seulement, alors ils peuvent pas tout faire, sinon ils le feraient pas bien. Voilà après tu t’entoures d’autres personnes pour trouver des concerts.
Jérôme : Et pour trouver de l’argent.
Julien : C’est pour ça que y’a Barclay et Universal.
Jérôme : Tu vois chez Universal on connaît juste un gars, celui qui s’occupe de nous, Universal on fréquente pas, on est jamais dans les locaux d’Universal. Tu vas dans Universal t’as la Star Academy, dans la journée tu croises au moins deux mecs de la Star’Ac, nous on y va jamais…sauf pour prendre un p’tit chèque quoi. (rires)
Et pour vous, c’est quoi une vraie chanson ?
Julien : Un truc que tu fredonnes comme ça de temps en temps, c’est de la mélodie je crois.
Jérôme : ou un truc qui correspond à un instant de ta vie. On a un pote qui adore les Smiths et ça le réconforte d’écouter ça quand ça va mal, c’est con mais tu vois pour moi c’est ça des vraies chansons, si t’arrives à…. je sais pas comment expliquer ça…Ca accompagne ta vie quoi. Mais on parle rarement en terme de chansons nous, y’a des artistes dont on aime qu’une chanson, mais la plupart du temps nous c’est vraiment un album. Comme les premiers de Bob Marley, les trucs Ska, quand t’es amoureux t’es content.
Et les Clash, tout ça ...?
Jérôme : Ouais, ouais, on aime vachement. Mais on a pas été bercé par ça. C’est Thomas Boullard qui nous a fait écouté les Clash, il disait qu’on avait des rythmes un peu comme eux de temps en temps, alors on a tendu l’oreille. On connaissait les classiques quoi, mais voilà.
Et vous êtes plus Rolling Stones ou Beatles ?
Julien : les Doors ! (rires)
Jérôme : Heu en fait à partir des années 80 les Stones c’est un peu à bannir, mais y’a eu des supers albums quoi. Non mais les deux sinon, mais on a peut-être plus écouté les Beatles. Ca a pas bercé nos vies comme d’autres albums. Mais les Beatles un peu plus. Le côté naïf des premiers morceaux ça m’allait parfait.
Julien : Ouais, mais moi je me pose jamais la question, y’a des bons morceaux chez les deux.
Sinon vous considérez avoir une place importante dans le rock français ?
Jérôme : Enorme quoi ! J’crois qu’on a la place principale. (rires)
Julien : Non on a pas cette impression là, mais t’approches pas la musique comme ça, c’est des questions que tu te poses pas. On fait de la musique depuis longtemps.
Et quand est-ce que vous avez commencé à pouvoir vivre de votre musique ?
Julien : Même encore aujourd’hui on a du mal à en vivre.
Jérôme : Si tu veux on arrive à manger et à payer la facture, mais bon, on vit comme un ouvrier.
Et c’est rentable de faire des concerts ?
Jérôme : Pour tout te dire on gagne 100 € le concert.
Julien : Y’a vraiment besoin de tous les trucs pour arriver à tenir le coup.
Jérôme : Ouais voilà, en fait t’as besoin des concerts, de tous les petits trucs, en fait tu chopes de l’argent partout, c’est ça la musique.
Julien : De la vente de T-Shirt jusqu’à la vente du disque.
Jérôme : Sauf pour d’autres quoi, tu vends 100 000 albums, ça se passe bien pour toi normalement. Mais nous on fait pas de la musique pour l’argent, on a toujours voulu écrire des petites chansons qui nous plaisaient, c’est tout.
Une des grandes questions du moment : vous pensez quoi du téléchargement sur internet ?
Jérôme : C’est pas bien clair. D’un côté je m’en fout et d’un autre côté c’est pas bien. Mais je préfèrerais que les mecs fassent ça bien à l’ancienne : au lieu d’aller sur internet et de pianoter leur truc, faudrait qu’ils aillent chourrer le cd à la Fnac. Au moins ils auront fait l’effort. Moi j’veux bien qu’ils aillent piller le truc mais voler le matériellement quoi ! Mais à la Fnac, pas chez le petit disquaire du coin.
Mais pour découvrir c’est un outil pas mal quand même…
Jérôme : Bah tu peux découvrir par d’autres manières, y’a des gens qui ont le cd. La dernière fois y’a un mec qui est venu nous voir et qui nous a dit : « Putain dans ma bande de copains on adore tous là, on est quinze ! » et y’en a un seul qui a acheté l’album ! « Ah ouais on l’a tous gravé après ! »
Julien : Tout ça c’est des excuses bidons en fait, y’avait pas besoin du téléchargement pour découvrir des groupes.
Jérôme : Mais clairement, clairement, clairement !
Julien : y’a un moment où faut que les gens se rendent compte qu’ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Y’a des groupes qui se font télécharger à burne, et qui ont pas assez d’argent pour continuer et qui retournent bosser et arrêtent la musique.
Jérôme : Les maison de disque les virent, en ce moment ça part en veux tu en voilà ! Les mecs ils ont vendus 5000 albums, mais p’tet qu’ils en auraient vendus 15000 et ils seraient restés. Mais dans les maisons de dique y’a pas que le diable, y’a des gens sympas qui adorent la musique.
Julien : C’est toujours les vieux débats, avant on copiait les cassettes, mais là le phénomène a pris une telle importance que ça craint. La musique et le cinéma, c’est les seuls trucs où on fait ça.
Jérôme : L’idée c’est que tu travailles, tu proposes quelque chose aux gens, et c’est pas forcément gratos.
Julien : En plus après y’a des gars qui viennent chialer quand ils se font gauler. Déjà ça se fait pas, et deusio c’est interdit.
Jérôme : Ouais mais par contre les mecs ils se prennent des amendes de mammouth et ils vont en procès parce qu’il avait chopé 400 morceaux, et y’en a juste un ou trois millions qui font pareil, là j’trouve ça déguelasse.
Julien : Mais quand t’achètes un cd vierge, tu payes la taxe de la SACEM, mais le truc est proportionnel, ça veut dire que tu vas graver un p’tit groupe, et c’est Jean-Jacques Goldman qui va toucher. Tout le monde s’est embrouillé, les maison de disque ont pas su réagir, internet est allé hyper vite, c’est un énorme bordel et ça ressemble plus à grand-chose.
Jérôme : Nous par exemple on va remplir la Cigale, on est à 20000 albums, et à 20000 tu remplis pas la Cigale normalement, donc ça veut dire qu’on se fait télécharger. Mais on est content, y’a des gens à nos concerts grâce à ça, et pour nous les concerts c’est la base. Mais j’aime bien le côté anarchique du téléchargement aussi, genre foutons le bordel, ouais j’suis un peu entre deux eaux quoi.
Julien : C’est presque un truc de focu, tu vas prendre la copie du voisin. Mais un jour on pourra plus rien faire et ça sera dommage.
Jérôme : Mais y’a des artistes qui se font jamais télécharger, genre Sardou, ou Cabrel. Les p’tits vieux ils achètent à burne.
Julien : Franck Mikaël il remplit des stades de vieux. Les gens ont une approche différente du truc. Moi aussi j’écoute de la zik sur internet, cette histoire de découverte c’est très bien, mais y’a un moment où faut se rendre compte.
T’as des supers baskets ! (s’adressant à Jérôme)
Jérôme : Elles sont cool non ? Mes potes se sont foutus de ma gueule quand je les ai acheté.
Questions plus personnelles, vous avez fait quoi comme études ?
Jérôme : Moi j’ai raté mon bac STT et j’ai arrêté.
Julien : Moi j’ai un bac technique de tourneur fraiseur. J’ai fais un peu de dessin aussi. Ca rejoint la musique, histoire de faire quelque chose de ses dix doigts, d’exprimer des choses.
Jérôme : et un peu de son cœur quoi. »
Interview réalisée pour Radio Coteaux, par Miléna Morel et Louise Cosson (lycéennes NON professionnelles).
Merci à Patrick Martinez de Radio Coteaux et Bernard, le boss du Cri’art.


Vos impressions